L'église

L'Église paroissiale de Saint-Préjet.

Son origine :

Ancrée sur la rive gauche du Tarn, l'église date probablement du XIème siècle. Les monastères se développent et les moines défrichent de nombreuses terres jusqu'alors abandonnées, rendant ainsi vie aux communautés paroissiales dont le niveau de vie s'améliore et permet de participer à la construction des églises. L'église est rattachée à l'abbaye Saint Victor de Marseille, comme le prieuré bénédictin voisin du Rozier, dont les moines ont, semble-t-il, bâti notre église. Elle deviendra, au siècle suivant, possession du comte-évêque de Mende, le plus puissant seigneur de la région.

Les règles de construction :

La construction d'une église obéit à des règles religieuses précises, mais aussi à des contraintes géographiques locales.

La dédicace à un martyr de la foi :

L'église est dédiée à un certain Prospectus, Préjet, qui naquit en Auvergne. Il devient évêque de Clermont en 665. Il se signala par des miracles et des fondations de monastères et d'hôpitaux.

Victime de jalousies, le prélat fut l'objet d'un complot près de Volvic. Il fut assassiné d'une façon abjecte, frappé à coups d'épée et achevé en lui fendant le crâne. Comme sur le vitrail central de notre église, St-Préjet est toujours représenté le crâne fendu et portant l'épée et la palme des martyrs.

La construction :

Le monument est de petite taille car l'espace manque. Il est érigé, comme toutes les églises, selon un plan initial très sobre.

D'abord par l'orientation pleine Est de son axe principal, le monument se tourne vers Jérusalem.

Il représente ensuite à plat, le corps crucifié du Christ, la tête étant l'abside circulaire, la courte travée du chœur, le cœur du Christ. Ses bras sont évoqués par deux chapelles qui ébauchent un transept. La nef achève l'évocation du corps mais représente aussi le monde profane. Le chœur d'où s'élance le clocher rappelle l'élévation vers le monde divin. L'église ne possède pas de crypte évoquant les forces maléfiques des anciens cultes païens.

Le monument est typique du premier art roman et se retrouve à l'identique au Rozier et dans ses alentours, avec quelques variantes au niveau de l'abside. Les deux autres chapelles latérales sont des ajouts du milieu du XIXème siècle, au niveau de la troisième travée. Le porche massif date aussi de cette époque.

Une lourde toiture en lauze (pierres calcaires du pays) recouvre la voûte.

Pour compenser son poids, on a édifié des murs très épais, sans fenêtres et par l'emploi d'éléments de support pilastres colonnes ou piliers les soutenant à l'intérieur, tandis que des contres forts épaulent l'édifice à l'extérieur. L'intérieur de l'église est, de fait, particulièrement sombre.

Le portail :


A l'extérieur, façade Ouest, il est constitué par un arc en plein cintre soutenu par deux colonnes portant des chapiteaux sculptés.

Le portail de l'église

Au-dessus, une fenêtre ou baie romane est entourée de colonnettes avec chapiteaux présentant des étoiles et de dents de scie. Elle abrite un vitrail du XIXème siècle représentant Saint Honoré.

L'abside de l'extérieur :


Elle présente des bandes lombardes, sortes d'accents circonflexes qui s'enchaînent les uns aux autres, caractéristiques du premier art roman.

L'abside de l'église

Les arcs regroupés par quatre sont soutenus par des modillons (petits supports placés sous la corniche) sculptés. Ceux de Saint-Préjet représentent des têtes d'hommes, d'animal (un bouc ?), un tonnelet, une aumônière et une rosette...

Le clocher-mur, à une baie, monte du chœur selon un modèle typique de Haute-Auvergne et qui selon l'importance de la paroisse ou du donateur peut être percé de quatre arcades (clocher peigne de Notre-Dame des champs à Mostuéjouls). Il est difficilement datable, car souvent reconstruit.

L'intérieur de l'église :


La nef unique de quatre travées est soutenue par de grands arcs de décharge voûtés en berceau plein cintre, rythmées par des arcs doubleaux retombant sur des pilastres séparant les travées au sud de la nef.

Intérieur de l'église

L'abside intérieure est la partie la plus originale de l'édifice. De forme semi-circulaire, elle est couverte d'un cul de four reposant directement sur une arcature formée d'une rangée de cinq arcs en plein cintre qui festonnent la base de la voûte et sont retenus par des colonnettes romanes, posées sur un bahut. Les chapiteaux des colonnettes sont sculptés de feuilles imbriquées d'origine bénédictine, la règle de Saint-Benoît précisant que les motifs humains perturberaient les moines dans leurs prières !

Les trois baies qui éclairent le chœur sont ornées de vitraux de saints Pierre et Paul entourant celui de Saint Préjet. Dans un édifice sombre, elles concentrent seules la lumière divine là où se déroule le culte.

Derrière l'ancien autel du XIXème siècle, l'abside conserve, en arc de cercle, le banc de pierre où s'asseyaient les desservants.

Ne nous y trompons pas : la nudité et la simplicité de l'édifice ne rendent pas compte de ce qu'il était à l'époque, car il ne présentait certainement pas une telle austérité. Les colonnes, chapiteaux et voûtes étaient bien souvent peints de couleurs vives et les murs recouverts de fresques.

Ainsi en 1910 sous la voûte du chœur, fut dégagée, datant de la Renaissance, une fresque dite de l'apothéose de Saint Préjet, mais hélas, qui fut détruite lors du rejointoiement de l'intérieur de l'église.

Une autre œuvre a cependant été sauvée de la destruction et de l'oubli : un tableau "La présentation de Marie au Temple". L'œuvre est une huile datée de la seconde moitié du XIXème siècle, d'un auteur anonyme. La scène est tirée des apocryphes de Jacques le Mineur, un des rares textes qui parle de l'enfance de Marie.

Les reliques de Saint Préjet se trouvent toujours dans une chasse de l'église de Volvic. C'est de cette chasse que provient la vertèbre que l'abbé Jean Beaumel a ramenée chez nous en 1950. (Reliquaire dans la chapelle, côté Tarn)

En conclusion, laissons le mot de la fin à l'historienne et archéologue Anne Trémolet de Villers :

"Ce sanctuaire est à double titre l'un des plus beaux et des mieux conservés des édifices romans du Gévaudan !"

Grâce à l'opiniâtreté de l'association <<Les Amis de St. Préjet et Patrimoine des Vignes>> la toiture en lauzes calcaires qui menaçait ruine a pu être remplacé. Différentes restaurations intérieures ont également été menées à bien.

Pour l'Association des Amis de Saint Préjet et Patrimoine des Vignes
G.Costecalde.